Vieillir

J’entends mes os craquer comme un chêne en hiver

Et sous mes pas pesants cette terre gelée

J’entends mes ans craquer sous les peines d’hier

Souvenirs soupesant les froides giboulées

*

Car mon soleil faiblit au soir où je m’allonge

Les jours ont rétréci à m’en glacer le sang

Sourde sourde saison entends-tu que je plonge

Dans le bassin glacé de nos rêves d’avant ?

*

Les chaudes illusions ont brûlé tout leur bois

Et ne crépitent plus en mon cœur rabougri

Il ne me reste plus de ces feux d’autrefois

Qu’une braise tiède et quelques cheveux gris

*

Mais la lugubre dame sans visage est sans cœur

Soit elle est trop pressée soit elle s’éternise

Puisqu’elle vient vers moi dans toute sa lenteur

Il me faut vivre encore avant que j’agonise

*

Je me ferai pommier à la fin de l’automne

Abandonnant ses fruits aux profits des enfants

Eux qui n’entendent pas l’horloge qui résonne

Et qui ne savent rien de ce qui les attend

*

©Gilles St-Onge

Publié par

le poète insoumis

Gilles St-Onge : Né à Montréal en 1964. Poète autodidacte, prolétaire-syndicaliste, militant indépendantiste, Il tient le blogue « Le poète insoumis » sur lequel il propose une poésie à la fois engagée, intimiste et critique.

4 réflexions au sujet de “Vieillir”

  1. Ce poème décrit si bien comment il est difficile de vieillir, bientôt une autre chandelle sur le gâteau 😢😢😢
    Difficile l’automne de la vie
Quand la magie disparaît de ta vie
C’est déjà vieillir un peu
C’est déjà être mort un peu
Quand la musique ne te fait plus danser
C’est déjà vieillir un peu
C’est déjà être mort un peu
Quand l’amour ne te fait plus rêver
Quand t’a donné ton dernier baiser
C’est déjà vieillir un peu
C’est déjà être mort un peu
Quand tes rêves s’envolent en fumée
Quand tes passions une à une te quittent
C’est s’éteindre à petit feu
Plus de bois pour allumer le feu
Difficile de faire le deuil de soi
Même si on ne s’aime pas tant que cela
Bon Dieu la mort il faut la vivre
Et c’est justement cela qui est le pire


    Aimé par 1 personne

  2. Gilles, l’esprit clair et universel, simple et vrai comme un bon point de la vie, qui me confond d’émotions et de palpitations quand il parle de nostalgie des jours anciens, et de la mort matoise, patiente, qui se dessine au corps, dans ce « vieillir » épuisant qui s’effiloche, puisque ces brèches de lui (Gilles) qu’il offre, sont les nôtres. J’adore ses essences verbales. Elles sont essentielles. La poétique est un langage universel.

    Aimé par 1 personne

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