Le vieux corbeau

Les noirs corbeaux sont alignés

Posés en grains de chapelet

Là sur un fil là-haut perchés

Dans l’arbre qui jadis était

 

Sont-ce des oiseaux de malheur

Ou simples observateurs défaits

Dans leurs barbes d’oiseaux moqueurs

Ils rient de ce film muet

 

Pour les corbeaux, comme les corneilles

Les hommes sont tous des Charlot

Qu’ils marchent ou qu’ils courent c’est pareil

Tout va trop vite pour les mots

 

Et pour couvrir ce silence

Il y a la musique des machines

Qui fabriquent l’obsolescence

D’une race déjà en ruine

Hum….

 

Le vieux corbeau est songeur

Il se souvient de son fromage

Des mensonges d’un profiteur,

De son orgueil, de son ramage

 

Lui, du haut de son mirador

Il voit défiler le renard

Plus astucieux et sans remords

Obèse à force de traquenards

 

De sa jeunesse impétueuse

Du regret du presque festin

Il tire une leçon précieuse

Un miroir vaut moins qu’un jardin

 

Il voit ces enfants de Narcisse

Trompés par le même renard

Tous les fromages qui aboutissent

Dans un seul terrier plein d’armoires

 

Un vieux corbeau n’a pas le sens

De l’économie c’est certain

Il n’a pour toute connaissance

Que la valeur du quotidien

 

Chaque jour du long de sa vie

La terre le nourrit quelle chance

La démesure de l’appétit

Est une chose sans importance

 

La vie lui a donné des ailes

Et pourtant jamais il ne vole

Quand on peut parcourir le ciel

La cupidité dégringole

 

Le temps l’a fait philosophe

Et pose de grandes questions

Peut-on rester théosophe

Devant autant de déraison

 

Par quel enchantement pervers

Seul contre la majorité

Un traître qui se cach’ sous terre

Peut-il continuer à régner

 

Des millénaires de fourberies

Donnent aux miettes un air respectable

Le minimum est assouvi

L’histoire paraît immuable

 

L’accumulation est stérile

Conclut le corbeau en fin de vie

Toutes les espèces sont en péril

La richesse est une maladie

 

Tant qu’on produira du fromage

Avec le lait volé aux vaches

Juste pour avoir plus de fromage

Les renards joueront à « cache-cash »

 

Gilles St-Onge

Publié par

le poete insoumis

Gilles St-Onge : Né à Montréal en 1964. Poète autodidacte, prolétaire-syndicaliste, militant indépendantiste, diplômé en sciences humaines du collège Lionel-Groulx, il tient le blogue « Le poète insoumis » sur lequel il propose une poésie à la fois engagée, intimiste et critique.

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