Cap Diamant

C’est l’hiver à Québec et le Cap Diamant

Qui domine le fleuve paraît insaisissable

On y voit le château plus haut la Citadelle

Des escaliers sans fin à vous glacer le sang

Dans la rude saison la froidure nous accable

Et les grands vents du large se conjuguent au pluriel

Quand par la poudrerie la neige forme ses bancs

On entend les enfants et leur joie ineffable

Les années ont passées et j’ai les pieds qui gèlent

J’ai rangé mes patins mon foulard et mes gants

Et dans ce froid glacial j’ai la tête qui fêle

J’espérais la chaleur d’un amour confortable

J’ai perdu la bataille levé le drapeau blanc

Être seul en hiver c’est être misérable

La corde à rime

Je dépose mes mots comme on étend son linge

Un à un sans pudeur au hasard du panier

Sur une corde à rime j’accroche mes méninges

Et vous laisse deviner une part d’intimité

Je pose sur le filin mes hauts comme mes bas

Les dessus les dessous le chic et l’ordinaire

Exposés au soleil au parfum des lilas

Des bribes de secrets des parcelles d’hier

Je porte mes poèmes comme d’autres l’uniforme

Ils disent qui je suis comme les feuilles de l’orme

Qui changent de couleur pendant que je discours

Chacun en les lisant se fait sa propre histoire

Sa propre vérité puisée dans sa mémoire

En habits du dimanche ou en haillons du jour

Pour parler d’elle

Il faut pour parler d’elle

Une plume de l’aile

D’un des oiseaux de Dieu

Trempée dans l’encre bleue

De la voûte céleste

Il faut voler des vers

Aux portes de l’Enfer

Aux poètes maudits

Et à ceux interdits

Et à ceux immodestes

Il faut écrire des mots

Cueillis à fleur de peau

Sur un frisson naissant

De son regard ardent

De son sourire modeste

Il faut pour la décrire

Dessiner des soupirs

Aux fenêtres du cœur

Qui gardent sa candeur

Derrière tant de finesse

Il faut pour tout vous dire

Parler de ce désir

Dont je suis prisonnier

Et qui donne à rêver

D’impossibles promesses

Le Carnaval

Le soir allait fleurir d’un éclat vespéral

J’avais pour te chérir un plein panier d’étoiles

Des aurores boréales et des lunes à foison

Une pluie de pétales et même une chanson

Le temps des saturnales j’allais jouer de la lyre

Une averse d’opales naissant de ton sourire

Et des milliers de sons aux allures pastorales

Auraient sur tous les tons jouer les violons du bal

J’avais pour te séduire prévu un carnaval

Un programme idéal pour que ton cœur chavire

Et toute une chorale pour chanter en mon nom

Mais les feux de Bengale se sont laissé mourir

Et j’ai vu défaillir et pâlir mon étoile

J’ai regardé s’enfuir mon rêve et ma raison

Être poète en ce pays

Sur la falaise au bord du fleuve

Une maison en pierre des champs

Narguant le temps comme une preuve

Qu’on peut survivre aux quatre vents

Chaude en hiver fraîche en juillet

Fier comme un loup dans la Toundra

Grise tel l’hiver la forêt

Solide comme un coureur des bois

Dans la tempête on peut y voir

Une lueur à la fenêtre

Une lanterne dans le noir

Qui refuse de se soumettre

Et malgré la modernité

Les gens de chez nous sont chez eux

Au bout du rang loin des cités

Loin des misères des gens heureux

Les saisons ne sont pas urbaines

Elles n’ont qu’à faire de la ville

De ces sautes d’humeurs soudaines

Qui oublient octobre et avril

Le printemps a besoin de temps

Les citadins sont trop pressés

Une maison en pierre des champs

Sait bien comment l’apprivoiser

Être poète en ce pays

C’est savoir saisir les saisons

Être poète en ce pays

C’est savoir aimer les maisons

La peine

La peine est consciencieuse

Jamais elle ne se lasse

Car les regrets s’entassent

Comme ces femmes radieuses

Que nos envies pourchassent

Que nos rêves enlacent

En songeries trompeuses

La peine est insidieuse

Jamais elle ne nous laisse

Elle boit à nos faiblesses

C’est une empoisonneuse

Qui gâche la jeunesse

Par de fausses promesses

D’une vie fabuleuse

La peine est malicieuse

Jamais elle ne guérit

Elle vit avec l’ennui

Et n’est pas oublieuse

Elle dort au pied du lit

Des amants étourdis

Par une nuit menteuse

Faire la révolution

Déjà depuis des lunes

Dans le soir où j’avance

Où j’avale en silence

Des miettes d’amertume

Je fouille mon errance

Comme d’autres l’infortune

Des chemins de fortune

Qui couraient dans l’enfance

 

D’un nulle part certain

Émanent les fumées

Des longues cheminées

Des usines de rien

Qui savent fabriquer

Les rêves anodins

Qui meublent le destin

Des travailleurs usés

 

Les ouvriers de nuit

Aux larges mains serviles

Façonnent l’inutile

Sans mystère et sans bruit

La rumeur de la ville

Chuchotée dans l’ennui

Parle des asservis

De grève pour avril

 

En vain depuis des lunes

J’ai cherché des consciences

Mais la maigre pitance

Étouffe les rancunes

Et toute résistance

Dans la misère commune

Le labeur nous consume

Et dicte l’existence

 

 

 

Et la question se pose

Faut-il vraiment la faire

Il y a tant de guerres

De puissants qui s’opposent

Vaudrait-il mieux se taire

Que vaut donc notre cause

La réponse s’impose

Il faut sauver la terre

 

On a toujours le choix

Que feras-tu demain

Te lever au matin

Et puis servir le roi

Ou bien lever la main

Demain dépend de toi

Demain dépend de moi

Demain n’est pas si loin