Le pont

Il me revient parfois du temps de mes onze ans

Souvenir d’une cachette où nous allions jouer

Où nous allions parfois nous cacher pour fumer

Où nous pouvions rêver à être un peu plus grands

Sur le bord de la route nous laissions nos vélos

Traversions le boisé qui menait sous un pont

Près d’une petite rivière ou d’un trop grand ruisseau

Entre deux comme nous mi-homme mi-garçon

On s’inventait des jeux on pêchait des crapets

Et la sorcière grise de la maison pierre

Ne nous effrayait plus du moins on le disait

Il me revient parfois l’été de mes onze ans

Le dernier de l’enfance et de mes illusions

Quand nous étions heureux et tellement innocents

Pour te parler de mon pays

Pour te parler de mon pays

Je dessinerai des rivières

Avec des torrents insoumis

Assourdissant comme un tonnerre

Je te raconterai les chutes

Et les montagnes qui les portent

Et toutes ces eaux qui chahutent

Les arcs-en-ciel qu’elles transportent

Les lacs grands comme des mers

Bien au-delà de l’horizon

Dont les eaux sont souvent si claires

Qu’on peut y compter les poissons

Et je te dirai nos forêts

De feuillus et de résineux

Je te parlerai des bleuets

Des érables et des mouches à feu

Je ferai rimer nos villages

Nos paroisses nos rues et nos rangs

Avec le vert des pâturages

Et nos hivers couverts de blanc

Je te parlerai de nos villes

Des escaliers et des terrasses

De buildings plantés sur des îles

Et des grands vents qui les terrassent

Et je te parlerai des gens

Des habitants et du courage

De nos héros de nos géants

De nos dompteurs de paysages

Et je te parlerai de moi

Et je te parlerai de nous

Voyage

Voyage

Nous irons cet été écouter les baleines

Et marcher calmement sur les berges du fleuve

Et entendre les vagues respirer les effluves

De l’air salin du large que le vent nous ramène

Nous verrons les pêcheurs partir à l’aventure

Et revenir chargés de crabes et de poissons

Et sur les quais le soir vider leur cargaison

Exhibant fièrement leurs plus belles captures

Nous irons cet été suivre les goélands

Le long du St-Laurent jusqu’au bord de la mer

Voir le rocher percé et les îles Mingan

Nous verrons les falaises les montagnes les bois

Les plages de galets les phoques et la nature

Et pendant tout ce temps je ne verrai que toi

Illusions





On les voit dans les favelas

Les bidonvilles d’Haïti

De Kaboul ou de Bagrami

Partout où la misère est là

On les voit dans les grandes villes

Dans toutes les rues tous les quartiers

Dans les banlieues mal avisées

Où la malchance défile

 

Ils promettent le paradis

La rédemption la délivrance

S’attaquant autant à l’enfance

Aux malheureux qu’aux démunis

Ils offrent du rêve en prière

Sous des dieux de différents noms

Endoctrinant par leurs sermons

Et par la crainte de l’enfer

Ils prônent la résignation

La sujétion et la piété

La pénitence la cécité

Et l’imploration du pardon

Ils prétendent à la vérité

Pour que grandisse leur troupeau

Ils sont des loups pour les agneaux

Soumis à leur autorité 

D’autres offrent du rêve en poison

Pour tous les goûts à tous les prix

Leur arrachant jusqu’à leur vie

Au bout d’une terrible addiction

Et leur parlent de liberté

De facilité de plaisir

De lendemains sans avenir

D’une jouissance instantanée

Aucune différence au fond

« Pushers » de dieux ou bien de drogues

D’héroïne ou de décalogue

Les mêmes vendeurs d’illusions




Illusions

On les voit dans les favelas

Les bidonvilles d’Haïti

De Kaboul ou de Bagrami

Partout où la misère est là

On les voit dans les grandes villes

Dans toutes les rues tous les quartiers

Dans les banlieues mal avisées

Où la malchance défile

 

Ils promettent le paradis

La rédemption la délivrance

S’attaquant autant à l’enfance

Aux malheureux qu’aux démunis

Ils offrent du rêve en prière

Sous des dieux de différents noms

Endoctrinant par leurs sermons

Et par la crainte de l’enfer

Ils prônent la résignation

La sujétion et la piété

La pénitence la cécité

Et l’imploration du pardon

Ils prétendent à la vérité

Pour que grandisse leur troupeau

Ils sont des loups pour les agneaux

Soumis à leur autorité 

D’autres offrent du rêve en poison

Pour tous les goûts à tous les prix

Leur arrachant jusqu’à leur vie

Au bout d’une terrible addiction

Et leur parlent de liberté

De facilité de plaisir

De lendemains sans avenir

D’une jouissance instantanée

Aucune différence au fond

« Pushers » de dieux ou bien de drogues

D’héroïne ou de décalogue

Les mêmes vendeurs d’illusions

Nuit d’été

Viendrais-tu dans une nuit chaude

Voir les aurores boréales

Voir le ciel couleur d’émeraude

Écouter chanter les cigales

Entendre le harfang des neiges

Hululer dans le soir qui dort

Et le vent jouer des arpèges

Aux cordes de tes cheveux d’or

Et regarder les mouches à feux

Danser autour du feu de camp

Avec les tisons lumineux

Qui s’envolent vers le néant

Viendrais-tu voir la lune d’argent

Et observer la voie lactée

Cueillir sur les ailes du temps

Des parcelles d’éternité

Viendrais-tu avoir peur des ours

Que nous aurons imaginés

Pour que je vienne à ton secours

Pour que je puisse te serrer

Et poser ta main dans la mienne

Et mélanger tes rêves aux miens

M’entendre penser que je t’aime

Et y croire jusqu’au matin

Viens !

Je t’emmènerai là où la rivière gronde

Au début du rapide nous irons nous asseoir

Sur l’une de ces roches dans les eaux peu profondes

Qui ont vu défiler tant d’amants pleins d’espoirs

Je t’emmènerai là où la forêt abonde

D’érables de chez-nous et d’épinettes noires

Pour entendre chanter les pics qui se répondent

Et être l’un pour l’autre un nouveau territoire

Je t’emmènerai là où mon pays se fonde

Au barrage du castor au début de l’histoire

Et jusqu’à la prairie que le soleil surplombe

Je t’emmènerai là où commence le monde

Sur la terre des grands *« bucks » aux bois ostentatoires

Où une éternité est dans chaque seconde

*Au Québec  grand cervidé mâle (Cerf, orignal, caribou)