Rester fidèle

Depuis déjà des lunes

Dans les soirs où j’avance

Où j’avale en silence

Des miettes d’amertume

Je fouille mon errance

Comme d’autres l’infortune

Des chemins de fortune

Qui couraient dans l’enfance

Cherchant sous chaque pierre

Les rires et les regrets

Dont les hier sont faits

Pour parer l’ordinaire

Ployé sous les effets

Des saisons des revers

Je regarde en arrière

Vers celui que j’étais

La mer le vent la pluie

Érodent les rivages

Grugent les paysages

Comme le temps sur la vie

Le cœur et le visage

Mûrissent comme le fruit

Mais l’essence survit

Dessous l’apprentissage

Je ne suis pas de ceux

Que j’adulais jadis

Dont j’ai suivi la piste

En faisant de mon mieux

Ne serai pas artiste

Fidel ou Montesquieu

Mais porteur de leurs feux

Toujours idéaliste

L’exil

La mer s’est retirée

Laissant la plage nue

Vulnérable et superbe

Comme un corps étendu

Que l’amour exacerbe

Quand le drap est tombé

Au large l’horizon

Comme une fin du monde

Avale le soleil

Dans la cassure de l’onde

Et le soir s’émerveille

De sa propre chanson

Les effluves salines

Charroyées par le vent

Telles l’encens des messes

Portent au recueillement

Exposé aux caresses  

De cette paix marine

L’océan a noyé

Les rumeurs de la ville

Et du silence émane

Cet appel de l’exil

L’envie de fuir l’insane

Produit des vanités

Printemps tardif

L’hiver s’étend dans le printemps

Quand la froidure se faufile

Les neiges persistent dans l’avril

Et l’hirondelle prend son temps

 

Une triste saison s’étire

Quand se prolonge l’imminence

Que l’espoir cède à l’impatience

D’une prairie qui veut verdir

 

Et l’arbre retient ses bourgeons

Comme l’homme retient ses envies

Une parenthèse dans la vie

Un temps qui est toujours trop long

 

L’amour qui n’a pas abouti

Comme une passion qui vous ronge

Un désespoir qui se prolonge

Un jour qui ne voit que la nuit

 

Quand on attend de voir fleurir

Une tulipe printanière

La solitude est un hiver

Qui n’en finit plus de finir

 

© Gilles St-Onge 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nostalgie

L’herbe avait repris sa couleur

C’était au retour des oies blanches

La saison des pommiers en fleurs

T’en souviens-tu c’était dimanche

Te souviens-tu de ce verger

Du doux parfum de la campagne

De cette vue privilégiée

Sur le grand lac des Deux-Montagnes

As-tu gardé le souvenir

De nos vingt doigts entremêlés

Du baiser qui t’a fait fleurir

Comme tulipe au mois de Mai

Te souviens-tu de nos quinze ans

Il y a si longtemps déjà

De ce mystérieux sentiment

Au premier jour du cœur qui bat

Dis-moi la vie t’a-t-elle choyée

As-tu connu le grand amour

Celui dont nous avions rêvé

Aurais-tu oublié ce jour

Quand on connaît des jours très beaux

D’autres s’en vont s’évanouir

Car le bonheur est un bourreau

Sur l’échafaud des souvenirs

Mais sous les cieux où j’ai vieilli

La beauté est celle d’hier

On puise dans la nostalgie

L’inspiration des derniers vers

©Gilles St-Onge 2019

Soirs de pluie

J’aime les soirs de pluie

Avec ses rues qui brillent

Le béton qui reluit

Les néons qui scintillent

Le bal des parapluies

Dont la ville fourmille

Dans une chorégraphie

Aux allures d’armadille

Et les éclaboussures

Des voitures pressées

Filant à toute allure

Près des trottoirs bondés

Appelant les injures

Des passants arrosés

Et les fous rires bien sûr

Des autres amusés

Et l’odeur de l’orage

Et le bleu de l’éclair

Comme j’aime le tapage

D’un virulent tonnerre

Quand le ciel est en rage

Et inonde la terre

Soulignant au passage

Que tout est éphémère

Et j’aime ta frimousse

Et tes cheveux mouillés

Ton corps qui se trémousse

Pour mieux se réchauffer

Le rouge de ta bouche

Que l’eau fait miroiter

Et le soir qui débouche

Sur une nuit d’été

Le pont

Il me revient parfois du temps de mes onze ans

Souvenir d’une cachette où nous allions jouer

Où nous allions parfois nous cacher pour fumer

Où nous pouvions rêver à être un peu plus grands

Sur le bord de la route nous laissions nos vélos

Traversions le boisé qui menait sous un pont

Près d’une petite rivière ou d’un trop grand ruisseau

Entre deux comme nous mi-homme mi-garçon

On s’inventait des jeux on pêchait des crapets

Et la sorcière grise de la maison pierre

Ne nous effrayait plus du moins on le disait

Il me revient parfois l’été de mes onze ans

Le dernier de l’enfance et de mes illusions

Quand nous étions heureux et tellement innocents

Pour te parler de mon pays

Pour te parler de mon pays

Je dessinerai des rivières

Avec des torrents insoumis

Assourdissant comme un tonnerre

Je te raconterai les chutes

Et les montagnes qui les portent

Et toutes ces eaux qui chahutent

Les arcs-en-ciel qu’elles transportent

Les lacs grands comme des mers

Bien au-delà de l’horizon

Dont les eaux sont souvent si claires

Qu’on peut y compter les poissons

Et je te dirai nos forêts

De feuillus et de résineux

Je te parlerai des bleuets

Des érables et des mouches à feu

Je ferai rimer nos villages

Nos paroisses nos rues et nos rangs

Avec le vert des pâturages

Et nos hivers couverts de blanc

Je te parlerai de nos villes

Des escaliers et des terrasses

De buildings plantés sur des îles

Et des grands vents qui les terrassent

Et je te parlerai des gens

Des habitants et du courage

De nos héros de nos géants

De nos dompteurs de paysages

Et je te parlerai de moi

Et je te parlerai de nous