L’exode

Longeant cette rivière

Une rue désertée

Un clocher solitaire

Un commerce fermé

 

On entend le corbeau

Et la rumeur du vide

La musique des tombeaux

Requiem morbide

 

Mais où donc est la vie

Elle qui grouillait hier

Elle s’est évanouie

La jeunesse est grégaire

 

La ville est un cancer

Qui ronge les villages

L’attrait des lampadaires

Gagne sur les bocages

 

La ruralité meurt

Et la ville déborde

Mon pays si beau pleure

Ce désastreux désordre

 

Il reste çà et là

Une paire de godasses

Qui porte à petit pas

Une trop vieille carcasse

 

L’ombre d’un souvenir

Sur un passé terni

Vieux rêve qui soupire

Et nuit blanche jaunie

 

 

 

Des siècles de passion

Des décennies d’ardeur

Ont construit des maisons

De toutes les couleurs

 

Et soudain tout est gris

Et soudain tout est noir

Le village assombri

Est devenu mouroir

 

Ne reste que l’horloge

Pour faire passer le temps

Déjà au nécrologe

S’inscrivent les errants

 

Chacun attend son tour

Patient et résigné

Ressassant ses amours

À demi-oubliées

 

Parfois une visite

Vient perturber l’ennui

Les dimanches vont trop vite

Quand on s’appelle mamie

 

Une goutte de pluie

Se faufile sur les rides

La tristesse a remis

Sa parure livide

 

Et le village entier

Retrouve son brouillard

Jusqu’au prochain congé

Au prochain corbillard.

 

Les sombres défilés

Sont les derniers sursauts

De cette rue saignée

D’espoir de renouveau

Les grandes villes attirent

 

On cherche le profit

On cherche à s’enrichir

À n’importe quel prix

 

Au prix de notre histoire

Au prix de la famille

Au prix du territoire

Qu’on délaisse et gaspille

 

Pendant que les anciens

Sont laissés de côté

La mémoire s’éteint

Comme notre identité.

 

Et cette métropole

Où nous sommes des clones

Deviendra nécropole

Par pénurie d’ozone

 

Ce sera notre tour

D’attendre notre tour

 

 

 

Publié par

le poete insoumis

Gilles St-Onge : Né à Montréal en 1964. Poète autodidacte, prolétaire-syndicaliste, militant indépendantiste, diplômé en sciences humaines du collège Lionel-Groulx, il tient le blogue « Le poète insoumis » sur lequel il propose une poésie à la fois engagée, intimiste et critique.

Une réflexion sur “L’exode”

  1. Touchée par ce poème si nostalgique. Un jour peut-être les citadins reviendront à la campagne, en quête d’une vie plus authentique et plus sereine? Ils auront mesuré la vanité d’une recherche éperdue de fric, de pratique, de technique, de clinquant et de superficiel et reviendront se refaire des racines. Un jour… peut-être… mais encore faut-il pouvoir « gagner » sa vie…. mon village, ici, est devenu dortoir, et de ce fait il revit, les jeunes l’aiment et en apprécient la tranquillité, pour eux et leurs enfants, y font des fêtes, y créent des choses. Ne pas perdre espoir.

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