De bonne foi

Le gris d’acier des yeux d’hier

Lentement perd de son éclat

C’est le strip-tease des chimères

Les rêves sous les années ploient

Le dépit use la lumière

Quand sonne l’heure du constat

Dans son fauteuil couleur verglas

Livré au fond de ses pensées

Arrêté pour la première fois

Il est le vieil homme et l’amer

Tant de travail tout ça pour ça

Pour finir en vieillard usé

Toute une vie à ravaler

À étouffer chaque colère

À respecter l’autorité

Comme disait autrefois ma mère

Comme disait monsieur le curé

Pour faire accepter la misère

Le petit confort ordinaire

Se donne des allures de roi

Dans les pauses publicitaires

Qui intoxiquent la pensée

Qui font croire que l’argent libère

Pour mieux nous garder enchaînés

Et le vieux trop tard s’aperçoit

Que lui aussi s’est fait flouer

Quand on vénère un Christ en croix

La révolte devient prière

Laissant grande ouverte la voie

Aux exploiteurs endimanchés

Soumission et honnêteté

Se confondent au même bréviaire

L’église bénit la lâcheté

Malheur à qui se tiendrait droit

La justice est pour les damnés

Les courageux vont en enfer

L’homme qui jette un œil derrière

Se condamne pour chaque fois

Où il a fermé les paupières

Devant un enfant affamé

Chargeant son Dieu de cette affaire

Pour le chasser de ses pensées

Se résigner n’est pas un droit

Le silence jamais justifié

Qu’importe ce en quoi je crois

La justice est mon ministère

L’équité mon apostolat

Ma religion la dignité

Les vieux peuvent toujours causer

Personne n’écoute les grands-papas

Tous leurs enfants sont occupés

À suivre les règles et les lois

Qui leur ont été enseignées

Par des hommes de bonne foi

Gilles St-Onge

Publié par

le poete insoumis

Gilles St-Onge : Né à Montréal en 1964. Poète autodidacte, prolétaire-syndicaliste, militant indépendantiste, diplômé en sciences humaines du collège Lionel-Groulx, il tient le blogue « Le poète insoumis » sur lequel il propose une poésie à la fois engagée, intimiste et critique.

3 réflexions au sujet de “De bonne foi”

  1. Oui, ce poème est magnifique et d’une part de réalité indéniable. Merci pour vos mots, vraiment. Beaucoup de mélancolie et de nostalgie, mais qui viennent toujours toucher une part de soi.

    Aimé par 1 personne

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