En queue de peloton

J’ai raté le temps des communes

Celui des hippies des beatniks

De la richesse sans fortune

De l’amour et de la musique

 

La fête était déjà finie

Je suis arrivé le dernier

J’avais la guitare les habits

Mais c’était trop tard pour rêver

 

Comme le cadet de la famille

Que les aînés ont éduqué

J’apprenais de leurs yeux qui brillent

So so so solidarité

 

Et j’ai voulu changer de monde

C’est fou mais moi j’y avais cru

J’ai cru que la terre était ronde

Que nous étions égaux dessus

 

Mais le temps de les rattraper

Ils étaient tous déjà ailleurs

Je les croyais plus avancés

Plus près d’un nouveau monde meilleur

 

Je pensais couvrir leurs arrières

Et puis un jour consternation

Ceux-là que j’appelais mes frères

Étaient devenus des patrons

 

Pour paraphraser La Palice

J’ai l’âge de ma génération

Une génération qui glisse

Sur le gras de ses convictions

 

 

 

Le boulet

Je traîne à la main un boulet

Une entrave au pied de mes vers

Mes mots ont été mis aux fers

Et à la geôle mes sonnets

Toutes les choses que je tais

Viennent se placer en travers

Du poème que je devrais faire

Et que je censure en secret

Tant que la chose n’est pas dite

Même à couvert à demi-mot

Tant que je porte le fardeau

De cette pensée interdite

Tant que cette image m’habite

Même en silence même en écho

Et que subsiste ce caillot

J’aurai la plume Carmélite

       

                  ***

Ô chemin de croix du poète

Ardu sentier du cœur à l’œil

Crois-tu que je sois sans orgueil

Devant cette page indiscrète

Croirais-tu ma pudeur muette

Au point de faire pour un recueil

L’étalage de mes écueils

Et de mes rêveries secrètes

La poésie je le concède

Se construit de ces escarbilles

Des petites flammes qui vacillent

Mots et maux d’amour sans remède

Des cent démons qui me possèdent

Elle est la chef d’escadrille

Le général du soir qui brille

Cette inspiration qui m’obsède

Pour obtenir la délivrance

Il faut parfois savoir tricher

Il faut parfois sur le papier

Savoir parler de ses silences

Faire sans faire des confidences

Tout est dans la subtilité

Entre les lignes est camouflé

Lucifer dans toutes ses nuances

Le boulet

Je traîne à la main un boulet

Une entrave au pied de mes vers

Mes mots ont été mis aux fers

Et à la geôle mes sonnets

 

Toutes les choses que je tais

Viennent se placer en travers

Du poème que je devrais faire

Et que je censure en secret

 

Tant que la chose n’est pas dite

Même à couvert à demi-mot

Tant que je porte le fardeau

De cette pensée interdite

 

Tant que cette image m’habite

Même en silence même en écho

Et que subsiste ce caillot

J’aurai la plume Carmélite

       

                  ***

Ô chemin de croix du poète

Ardu sentier du cœur à l’œil

Crois-tu que je sois sans orgueil

Devant cette page indiscrète

 

Croirais-tu ma pudeur muette

Au point de faire pour un recueil

L’étalage de mes écueils

Et de mes rêveries secrètes

 

La poésie je le concède

Se construit de ces escarbilles

Des petites flammes qui vacillent

Mots et maux d’amour sans remède

 

Des cent démons qui me possèdent

Elle est la chef d’escadrille

Le général du soir qui brille

Cette inspiration qui m’obsède

 

Pour obtenir la délivrance

Il faut parfois savoir tricher

Il faut parfois sur le papier

Savoir parler de ses silences

 

Faire sans faire des confidences

Tout est dans la subtilité

Entre les lignes est camouflé

Lucifer dans toutes ses nuances

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À marée basse

Les eaux du St-Laurent se retirent et soudain

Sur les berges du fleuve je suis l’homme amarré

Comme voile au mouillage qui attend la marée

Posée sur la batture par la main de Fortin

 

On a vu plus d’une fois couchée sur le rivage

Une barque craquante trop usée pour voguer

Que les pêcheurs délaissent et laissent divaguer

Sur les vagues d’hier sans même un bastingage

 

Ses couleurs s’écaillent et offrent des fissures

Que les grands vents du large se plaisent à infiltrer

Exposant sa carlingue à la grande cassure

 

Les eaux du St-Laurent me porteront demain

Et à moins d’un naufrage encore quelques années

Puis j’irai m’échouer oublié des marins

 

Revenir des enfers

Tourmenté par Mania

Pourchassé par Hadès

Le jour est un malaise

Au fond d’une longue nuit

Une vie qui s’enfuit

À l’ombre de ses pas

 

Embourbé dans la glaise

Stagnante au creux du puits

L’âme comme l’esprit

Au plus dur des combats

Est assaillie des voix

Qui jamais ne se taisent

 

Mais des entrailles surgit

Aux berges du trépas

Un tout dernier soldat

Pareil à l’épiclèse

Qui fait naître des braises

Une lueur amie

 

Et le damné résiste

De ses forces restantes

À la mort imminente

Ou bien à la folie

Puisant au fond de lui

Une prière agoniste

 

Il défie la tangente

Du mal qui le détruit

Cette lente agonie

Qu’un sombre violoniste

Joue sur des cordes tristes

Au violon d’épouvante

 

Il atteint le parvis

De la grotte de Dante

Et la plage intrigante

Où meurt le fatalisme

Où se produit le schisme

À l’intérieur de lui

 

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­

En remontant les marches

Du monde des vivants

Le rare survivant

Du malheur programmé

Commence à respirer

Redresse sa démarche

 

L’espoir est vivifiant

Pour les désespérés

C’est une vérité

Qui frise le sarcasme

Mais pour qui en arrache

Ça n’a rien d’évident

 

La route des damnés

Est une longue marche

Pour qu’enfin se détache

La lumière du néant

Mais qui va de l’avant

Trouve la liberté

Salaud !

Depuis déjà des lunes

Je vis loin de la haine

Toutes mes amertumes

Restaient à l’arrière scène

Et si quelques rancunes

Traversaient les persiennes

Qu’une affaire importune

Venait à faire des siennes

J’accueillais l’infortune

Sans sauter dans l’arène

 

Pour ma sérénité

J’avais pris le parti

De saisir la beauté

De voir la poésie

De choisir la gaité

D’aimer jusqu’à la pluie

Et la fin des étés

Et les amours meurtries

Et les feuilles tombées

Et les malheurs fortuits

 

Mais la colère me vient

Et j’ai la rage au cœur

Des envies d’assassin

Des fantasmes vengeurs

J’ai honte d’être humain

Être un homme m’écœure

Quand tu poses ta main

Sur une de mes sœurs

Quand tes vulgaires instincts

Te changent en agresseur

 

C’est pour toi si facile

Tu te dis jardinier

Et c’est la plus fragile

Que tu oses piétiner

Tu la croyais servile

Tu voulais posséder

Et tu reprends tranquille

Tes airs de sainteté

Tes mensonges se faufilent

« Il ne s’est rien passé »

 

Et tu oses prier

Toi le roi du parjure

Le menteur éhonté

Toi qui fais le cœur pur

Pour mieux les appâter

Tu n’es qu’une sale ordure

Tu n’peux plus te cacher

Je connais ta figure

J’aurais pu te nommer

 

Bien sûr il y en a d’autres

Des sadiques et de pires

Mais ta gueule d’apôtre

Ne pourra pas suffire

À expier ta faute

Tu as provoqué l’ire

De plusieurs des nôtres

Et tu es dans ma mire

Ton auréole saute

C’est l’heure du repentir

 

 

J’ai vu une fleur pleurer

Une fleur que j’aime

Ses racines sont brisées

Et son âme est en peine

Tu as osé piller

Dans le jardin d’Éden

Une part d’éternité

Sans qu’elle t’appartienne

Puisses-tu être damné

Avant que j’intervienne

Blanche neige

Je regarde tomber la neige

La toute première de la saison

L’hiver a repris son manège

Les blancs flocons tombent en arpèges

Je rêvasse assis au salon

 

Soudainement comme un frisson

Malgré la chaleur de la pièce

Et le confort de la maison

Elle est bien faite cette construction

On est choyé à cette adresse

 

Rien à voir avec une caresse

Aucune belle aux alentours

Aucun sentiment d’allégresse

Ce n’est pas l’effet de l’ivresse

Ni la chanson d’un troubadour

 

Et tout à coup comme un tambour

Qui tonne au fond de ma poitrine

Voilà que j’ai le souffle court

Hélas ma tête est de retour

Cette belle soirée est en ruines

 

 

Je connais trop bien l’origine

C’est ma conscience qui soupèse

L’inconscience qui nous domine

Les puissances qui nous oppriment

Et qui créent ce profond malaise

 

Ma vie n’est qu’une parenthèse

Dans la triste réalité

D’un monde d’opulence obèse

Où les chanceux vivent à leur aise

En ignorant les affamés

 

 

D’aucuns diront « mais quel cliché

Dieu que ces mots ont de l’usure

Des vers d’une telle facilité

Qu’il cesse de nous embêter 

Jetez ce poème aux ordures »

 

La gloire sert si bien la censure

Quand elle réserve aux bien-pensants

Le monopole de la culture

Le pouvoir d’admettre ou d’exclure

Au gré des ventes du moment

 

C’est bien le malheur de ce temps

Le malheur est à l’avant-scène

Sous forme de divertissement

Il faut bien faire pleurer les gens

Il faut combler le temps d’antenne

 

Les poètes n’ont plus de mécènes

Les mots ne sont pas très vendeurs

Penser est une affaire ancienne

Les idées sont américaines

Scellées sous vide et sans saveur

 

J’en appelle aux derniers lecteurs

Propriétaires de stylos Bic

À toi derrière l’ordinateur

À ceux qui ont encore du cœur

À ceux qui se foutent du fric

 

Sortez les slogans atomiques

Les indignations subversives

Les soulèvements artistiques

Les révolutions utopiques

Les larmes de destruction massive

 

Sortez de vos contes de fées

Que les nains deviennent géants !

 

 

La résignation du poète

Si je la libérais

Ma plume parlerait d’elle

Dessinerait des mots

Des mots qui ensorcellent

En s’inspirant d’Hugo

Le maître qui excelle

Si je m’en libérais

Si j’étais un poète

Sachant parler des choses

Sachant parler de çà

Un poète qui ose

Ce que je n’ose pas

Sans l’orgueil qui sclérose

Serais-je ce poète ?

Si je savais décrire

Cet Éden dans ses yeux

Ce halo de lumière

Qui l’habille de ses feux

Son sourire de rosière

Son charme dangereux

Si je savais écrire

Si ma plume de guerre

Avait su déserter

L’espace d’un instant

Elle aurait pu flâner

Du côté du printemps

Peut-être même aimer

Peut-être même se taire

Ma tête est forteresse

Mon cœur envie Miron

Et Pablo Neruda

Et tous les Aragon

Que je ne serai pas

La révolte est un don

Et pourtant ma faiblesse

J’écris à l’encre noire

Sur une feuille rouge

Des pamphlets batailleurs

Visant tout ce qui bouge

Je sculpte la douleur

De ce monde à la gouge

Pour mieux ne pas la voir

Je ne suis pas poète

Je suis un Cyrano

Vous connaissez l’histoire

Un homme de trop de mots

Toujours au désespoir

De trouver ceux qu’il faut

Craignant qu’elle le rejette

Chacun a ses travers

Ma peur est mon tourment

Ma main m’est infidèle

Et mes vers impuissants

Trop de beauté me gèle

Et me glace le sang

Je ne dirai rien d’elle

J’écrirai comme hier

Je ferai des poèmes

Pour dénoncer les hommes

Pour nommer ceux qui souffrent

Pour décrier en somme

Ce monde qui pue le soufre

Prisonnier d’un automne

D’une saison sans « Je t’aime »