Illusions

On les voit dans les favelas

Les bidonvilles d’Haïti

De Kaboul ou de Bagrami

Partout où la misère est là

On les voit dans les grandes villes

Dans toutes les rues tous les quartiers

Dans les banlieues mal avisées

Où la malchance défile

 

Ils promettent le paradis

La rédemption la délivrance

S’attaquant autant à l’enfance

Aux malheureux qu’aux démunis

Ils offrent du rêve en prière

Sous des dieux de différents noms

Endoctrinant par leurs sermons

Et par la crainte de l’enfer

Ils prônent la résignation

La sujétion et la piété

La pénitence la cécité

Et l’imploration du pardon

Ils prétendent à la vérité

Pour que grandisse leur troupeau

Ils sont des loups pour les agneaux

Soumis à leur autorité 

D’autres offrent du rêve en poison

Pour tous les goûts à tous les prix

Leur arrachant jusqu’à leur vie

Au bout d’une terrible addiction

Et leur parlent de liberté

De facilité de plaisir

De lendemains sans avenir

D’une jouissance instantanée

Aucune différence au fond

« Pushers » de dieux ou bien de drogues

D’héroïne ou de décalogue

Les mêmes vendeurs d’illusions

Nuit d’été

Viendrais-tu dans une nuit chaude

Voir les aurores boréales

Voir le ciel couleur d’émeraude

Écouter chanter les cigales

Entendre le harfang des neiges

Hululer dans le soir qui dort

Et le vent jouer des arpèges

Aux cordes de tes cheveux d’or

Et regarder les mouches à feux

Danser autour du feu de camp

Avec les tisons lumineux

Qui s’envolent vers le néant

Viendrais-tu voir la lune d’argent

Et observer la voie lactée

Cueillir sur les ailes du temps

Des parcelles d’éternité

Viendrais-tu avoir peur des ours

Que nous aurons imaginés

Pour que je vienne à ton secours

Pour que je puisse te serrer

Et poser ta main dans la mienne

Et mélanger tes rêves aux miens

M’entendre penser que je t’aime

Et y croire jusqu’au matin

Viens !

Je t’emmènerai là où la rivière gronde

Au début du rapide nous irons nous asseoir

Sur l’une de ces roches dans les eaux peu profondes

Qui ont vu défiler tant d’amants pleins d’espoirs

Je t’emmènerai là où la forêt abonde

D’érables de chez-nous et d’épinettes noires

Pour entendre chanter les pics qui se répondent

Et être l’un pour l’autre un nouveau territoire

Je t’emmènerai là où mon pays se fonde

Au barrage du castor au début de l’histoire

Et jusqu’à la prairie que le soleil surplombe

Je t’emmènerai là où commence le monde

Sur la terre des grands *« bucks » aux bois ostentatoires

Où une éternité est dans chaque seconde

*Au Québec  grand cervidé mâle (Cerf, orignal, caribou)

Plein la gueule

Je suis un désarmé

Un conscrit de retour

Un démobilisé

Un vieux compte à rebours

Je suis seul au café

Car on est toujours seul

Quand on a tout gâché

Quand on se sent si veule

Il n’y a plus de toi

Il n’y a plus de nous

Il ne reste que moi

L’air d’un vieux guenilloux

Tu me reviens sans cesse

Comme un refrain poison

Les souvenirs me pressent

Je n’entends que ton nom

Et je note en silence

Dans un cahier jauni

Les mots sans importance

Que je ne t’ai pas dit

Aucune candidate

Pour perdre la raison

J’ai ton cœur dans les pattes

À la moindre occasion

Je suis seul au café

Comme je suis toujours seul

Après t’avoir aimée

J’en ai pris plein la gueule

La mort en douce

La maladie me cloue au lit

Comme crucifié le cœur en croix

De mes peurs je suis affranchi

Je suis en paix pour une fois

Je vais mourir je le sens bien

Et personne n’y peut rien changer

Ici s’arrête mon chemin

Le grand voyage va commencer

Je vais partir l’esprit tranquille

Je sais que j’ai fait de mon mieux

J’ai vu mes amis ma famille

Je sais qu’au fond je suis chanceux

Ce n’est pas la mort qui me prend

Dans la violence ou la souffrance

La vie me quitte doucement

Avec une certaine élégance

Cap Diamant

C’est l’hiver à Québec et le Cap Diamant

Qui domine le fleuve paraît insaisissable

On y voit le château plus haut la Citadelle

Des escaliers sans fin à vous glacer le sang

Dans la rude saison la froidure nous accable

Et les grands vents du large se conjuguent au pluriel

Quand par la poudrerie la neige forme ses bancs

On entend les enfants et leur joie ineffable

Les années ont passées et j’ai les pieds qui gèlent

J’ai rangé mes patins mon foulard et mes gants

Et dans ce froid glacial j’ai la tête qui fêle

J’espérais la chaleur d’un amour confortable

J’ai perdu la bataille levé le drapeau blanc

Être seul en hiver c’est être misérable

La corde à rime

Je dépose mes mots comme on étend son linge

Un à un sans pudeur au hasard du panier

Sur une corde à rime j’accroche mes méninges

Et vous laisse deviner une part d’intimité

Je pose sur le filin mes hauts comme mes bas

Les dessus les dessous le chic et l’ordinaire

Exposés au soleil au parfum des lilas

Des bribes de secrets des parcelles d’hier

Je porte mes poèmes comme d’autres l’uniforme

Ils disent qui je suis comme les feuilles de l’orme

Qui changent de couleur pendant que je discours

Chacun en les lisant se fait sa propre histoire

Sa propre vérité puisée dans sa mémoire

En habits du dimanche ou en haillons du jour