Pour parler d’elle

Il faut pour parler d’elle

Une plume de l’aile

D’un des oiseaux de Dieu

Trempée dans l’encre bleue

De la voûte céleste

Il faut voler des vers

Aux portes de l’Enfer

Aux poètes maudits

Et à ceux interdits

Et à ceux immodestes

Il faut écrire des mots

Cueillis à fleur de peau

Sur un frisson naissant

De son regard ardent

De son sourire modeste

Il faut pour la décrire

Dessiner des soupirs

Aux fenêtres du cœur

Qui gardent sa candeur

Derrière tant de finesse

Il faut pour tout vous dire

Parler de ce désir

Dont je suis prisonnier

Et qui donne à rêver

D’impossibles promesses

Le Carnaval

Le soir allait fleurir d’un éclat vespéral

J’avais pour te chérir un plein panier d’étoiles

Des aurores boréales et des lunes à foison

Une pluie de pétales et même une chanson

Le temps des saturnales j’allais jouer de la lyre

Une averse d’opales naissant de ton sourire

Et des milliers de sons aux allures pastorales

Auraient sur tous les tons jouer les violons du bal

J’avais pour te séduire prévu un carnaval

Un programme idéal pour que ton cœur chavire

Et toute une chorale pour chanter en mon nom

Mais les feux de Bengale se sont laissé mourir

Et j’ai vu défaillir et pâlir mon étoile

J’ai regardé s’enfuir mon rêve et ma raison

Être poète en ce pays

Sur la falaise au bord du fleuve

Une maison en pierre des champs

Narguant le temps comme une preuve

Qu’on peut survivre aux quatre vents

Chaude en hiver fraîche en juillet

Fier comme un loup dans la Toundra

Grise tel l’hiver la forêt

Solide comme un coureur des bois

Dans la tempête on peut y voir

Une lueur à la fenêtre

Une lanterne dans le noir

Qui refuse de se soumettre

Et malgré la modernité

Les gens de chez nous sont chez eux

Au bout du rang loin des cités

Loin des misères des gens heureux

Les saisons ne sont pas urbaines

Elles n’ont que faire de la ville

De ces sautes d’humeurs soudaines

Qui oublient octobre et avril

Le printemps a besoin de temps

Les citadins sont trop pressés

Une maison en pierre des champs

Sait bien comment l’apprivoiser

Être poète en ce pays

C’est savoir saisir les saisons

Être poète en ce pays

C’est savoir aimer les maisons

La peine

La peine est consciencieuse

Jamais elle ne se lasse

Car les regrets s’entassent

Comme ces femmes radieuses

Que nos envies pourchassent

Que nos rêves enlacent

En songeries trompeuses

La peine est insidieuse

Jamais elle ne nous laisse

Elle boit à nos faiblesses

C’est une empoisonneuse

Qui gâche la jeunesse

Par de fausses promesses

D’une vie fabuleuse

La peine est malicieuse

Jamais elle ne guérit

Elle vit avec l’ennui

Et n’est pas oublieuse

Elle dort au pied du lit

Des amants étourdis

Par une nuit menteuse

Faire la révolution

Déjà depuis des lunes

Dans le soir où j’avance

Où j’avale en silence

Des miettes d’amertume

Je fouille mon errance

Comme d’autres l’infortune

Des chemins de fortune

Qui couraient dans l’enfance

 

D’un nulle part certain

Émanent les fumées

Des longues cheminées

Des usines de rien

Qui savent fabriquer

Les rêves anodins

Qui meublent le destin

Des travailleurs usés

 

Les ouvriers de nuit

Aux larges mains serviles

Façonnent l’inutile

Sans mystère et sans bruit

La rumeur de la ville

Chuchotée dans l’ennui

Parle des asservis

De grève pour avril

 

En vain depuis des lunes

J’ai cherché des consciences

Mais la maigre pitance

Étouffe les rancunes

Et toute résistance

Dans la misère commune

Le labeur nous consume

Et dicte l’existence

 

 

 

Et la question se pose

Faut-il vraiment la faire

Il y a tant de guerres

De puissants qui s’opposent

Vaudrait-il mieux se taire

Que vaut donc notre cause

La réponse s’impose

Il faut sauver la terre

 

On a toujours le choix

Que feras-tu demain

Te lever au matin

Et puis servir le roi

Ou bien lever la main

Demain dépend de toi

Demain dépend de moi

Demain n’est pas si loin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Constat

Là dans les alvéoles du ventre de la ville

Où les humains du jour viennent passer la nuit

Dans l’édredon du luxe ou le coton flétri

Des soleils cathodiques dans l’ombre se défilent

 

Dans les forêts d’acier de verre et de béton

Où des arbres en papier racontent des rumeurs

Que les ragots du soir reprennent en primeur

Le travailleur s’enivre de lumières et de sons

 

Il se bourre le nez de poudre d’escampette

Se noie par le goulot du haut de son tombeau

Ou se shoote au venin de serpent à sornette

 

Il se nourrit d’hormones se gave d’inconscience

Écrasé écarté crédité dans la marge

Toute révolution étant perdue d’avance

Vengeance

Un de ces demains je ne serai plus

Et la part de moi qu’on appelle l’âme

S’en ira rejoindre soit la vérité

Soit le pieux mensonge de l’éternité Lire la suite Vengeance

L’amour blanc

J’écoute calmement tomber les flocons blancs

Et leur bruit est pesant au rebord des fenêtres

Le tambour des galères qu’un condamné entend

N’est jamais aussi sourd que le temps qui s’empêtre

Chaque nouvelle neige abrille* de son sang

Les souvenirs distants qui passent et s’enchevêtrent

Glissant entre mes mains tel les sables fuyants

D’un désert poussiéreux où dorment les ancêtres

Dans la blancheur du soir que la lune répand

La vie qui réfléchit avant de disparaître

Fait penser à sa vie à ses lointains printemps

Je ne peux rattraper les journées de beau temps

Les soleils gaspillés avant de disparaître

Mais je garde pour toi un hiver d’amour blanc

*Abriller : (Québec)

  Verbe signifiantrecouvrir (le plus souvent d’une couverture)

Le paradoxe

Les violons de Bach en écho

J’aime du soir le silence

La voix du stylo qui s’élance

Et l’arôme du café chaud

La mer de la tranquillité

Les soirs où je suis dans la lune

Quand Pierrot me prête sa plume

Que ma main se laisse guider

J’aime la danse du lampion

Qui anime ma solitude

Qui calme les inquiétudes

Et fait monter l’inspiration

J’aime la lampe de chevet

Qui m’emmitoufle de la lumière

De Vigneault ou d’Apollinaire

Quand ils me livrent leurs secrets

J’aime parfois me retrouver

Aller à ma propre rencontre

Aller parfois même à l’encontre

De cette vie en société

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Oui mais voilà le paradoxe

Du silence vient parfois l’ennui

Et j’entends alors dans la nuit

Une rengaine de juke-box

“Are you lonesome tonight”

Et ma paix comme l’eau du lac

Que vient transpercer le caillou

Est perturbée par ce remous

Qui crée la vague et son ressac

Quel est la valeur d’un poème

Vaut-il une vie d’esseulé

Vaut-il une vie sans aimer

Vaut-il au moins l’amour qu’il sème

Si le poète n’était qu’un cœur

Extrader de son propre corps

Pour servir un amour plus fort

Dont il aurait traduit l’ardeur

Est-ce un prix de consolation

La deuxième marche du podium

Une faculté donnée à l’homme

Qui aurait raté sa chanson

Eh oui voilà le paradoxe

Du silence vient parfois l’ennui

Et j’entends alors dans la nuit

Une rengaine de juke-box

« All by myself »

Un autre soir d’hiver

Dix-sept heures et déjà le soir

La nuit étouffe la lumière

Et les cristaux de la rivière

Se forgent en une glace noire

Lire la suite Un autre soir d’hiver